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15/6/2007
Collectivités locales : Bientôt les téléservices!
  • Le prépayé pour les documents administratifs!
  • Mutualiser pour réduire les coûts
  • Récupérer des documents administratifs est un vrai parcours du combattant. Et surtout une tâche frustrante et désagréable qui demande un sang-froid à toute épreuve. Elle est certes loin, la bureaucratie lourde qui était de mise il y a des années, mais rien n’est encore arrivé à bout de la légendaire inefficacité des services locaux. Voici un décor où chacun a dû se retrouver un jour: des petits guichets, des fonctionnaires à la mine renfrognée, des services mal indiqués et l’absence des files et espaces d’attente. La machine est tellement rouillée que l’on croit difficilement en un possible changement. Surtout s’il est aussi radical que celui dévoilé mercredi dernier par la Direction générale des collectivités locales (DGCL) lors de l’ouverture de la 3e édition du Forum de l’administration numérique à Casablanca.

    L’offre de la DGCL veut métamorphoser la gestion des services locaux par un coup de baguette…numérique.
    Depuis 2003, date du lancement de la stratégie e-Maroc, tout le travail était concentré sur la création de portails et sites Web pour les administrations. Un bilan décevant pour une stratégie nationale annoncée en grande pompe. Et encore, le portail national «Maroc.ma» a beaucoup trébuché avant de voir le jour, les portails des villes ont petit à petit suivi.

    Hormis les quelques sites particulièrement performants du ministère des Finances, des douanes ou de l’office des changes, par exemple, la présence du gouvernement marocain sur la toile est loin d’être satisfaisante. On est encore bien loin de «l’administration» électronique. Celle-ci est censée, en plus de l’information, offrir des services.
    Ce sont vraisemblablement les communes, toujours critiquées, pour leur gestion archaïque qui vont, en premier, franchir le pas vers les services électroniques. Le programme «e-gov pour les collectivités locales» est centré sur le citoyen et donc fait de téléservices un axe majeur. L’auteur du plan, à savoir la DGCL, qui a fait preuve d’un grand esprit pratique a apporté un calendrier de réalisation pour convaincre.

    Concrètement, il s’agit d’une stratégie sur deux axes. Le premier concerne la gouvernance, le second touche aux systèmes d’information des collectivités locales.
    Pour le premier volet, la direction propose d’abord d’améliorer l’accès à l’information. «La télévision, la radio… sont des médias de masse à travers lesquels il est difficile d’isoler sa cible», indique Noureddine Boutayeb, wali directeur des collectivités locales. «Le choix d’Internet comme outil principal de communication s’explique par le taux croissant de connectivité au Maroc, surtout chez les jeunes. Aussi c’est un média dont la pertinence ne se limite pas au court terme», poursuit-il.

    Les portails des villes devront remplir la fonction informative via un contenu vulgarisé, accessible et constamment actualisé.
    Risque de se poser le problème des ressources financières pour l’achat de l’espace d’hébergement, la conception du site et des ressources humaines pour l’entretien et l’alimentation des sites. La DGCL compte venir au secours des communes à travers un package de services. L’achat de l’espace d’hébergement et des applications de création des sites sera fait au niveau du ministère de l’Intérieur. Cet achat en gros devrait réduire le coût.

    En fait le mot d’ordre de cette stratégie est la «mutualisation». Celle-ci ne concernera pas uniquement l’acquisition des équipements mais aussi l’assistance. Concrètement, le ministère envisage la création d’un centre de gestion qui disposera des compétences nécessaires. Il comportera des unités propres à chaque commune et celles-ci y auront un accès réservé. Le centre s’occupera de tout le travail de back office: lutte contre les virus, actualisation des licences…

    La DGCL procédera ensuite à la conception de petits packs que la commune peut acquérir à des frais très bas. Le choix du logiciel libre et non des solutions propriétaires est le principal facteur qui permettra de réduire le coût du projet. Question contenu, la DGCL propose l’externalisation, les ressources humaines des communes n’ayant pas les compétences nécessaires. Là aussi, le projet met en place un plan de labellisation de sociétés privées qui seront habilitées à alimenter les sites. Le tout couronné d’une proposition de financement pour les communes les moins nanties.

    Le logiciel libre va également faciliter la création de téléservices en ligne. Dans un premier temps, les sites des communes peuvent servir pour les demandes d’autorisation dans le domaine de l’urbanisme, pour les réservations des lieux publics (terrains, théâtres…). Les premiers téléservices seront disponibles à partir de février 2008. Cela dépendra de la volonté de chaque commune. En tout cas, la DGCL, elle, se fixe des délais encore plus serrés pour la création de son portail avec téléservices au profit des communes, question de donner l’exemple. La mise en ligne de son site est prévue pour novembre prochain.

    Le plus dur : L’état civil

    L’UN des principaux métiers des collectivités locales est la gestion de l’état civil et tout ce qui va avec en termes de documents: extrait d’acte de naissance, certificat de naissance, certificat de célibat, certificat de fiançailles, certificat de décès…
    Un volet qui concerne les 30 millions de Marocains! Toutes ces précieuses informations sont aujourd’hui sauvegardées tant bien que mal dans des vieux registres rongés par les acariens.

    Les conséquences de cette méthode artisanale se font sentir tous les jours avec des noms mal saisis, des adresses erronées sur les certificats… L’informatisation de toutes les données de l’état civil sera lancée octobre prochain. Ce chantier laborieux prendra, selon les estimations de la DGCL, 3 ans. Ceci-dit, le pack «état civil» sera prêt à partir d’août prochain. Chaque arrondissement qui aura bouclé sa numérisation peut immédiatement passer au téléservice.

    Le ministère propose dans ces packagings la procédure de numérisation, l’application informatique nécessaire, le financement de la formation du personnel et des équipements (selon les moyens de chaque commune). Une fois cette étape franchie, le citoyen aura la possibilité de demander tous ces documents administratifs via Internet ou SMS et de les recevoir pas courrier ou les retirer sur place.

    Le tout sera verrouillé grâce à des codes d’accès. Le paiement des timbres et redevances à distance sera pour sa part possible grâce à un système de prépayé via des comptes rechargeables. Le concept risque de révolutionner le service local, pourvu que le public y adhère. Pour les adeptes des bonnes vieilles méthodes, il restera le système de dépôt de demande dans des boîtes aux lettres ou encore la méthode classique des guichets.

    Ichrak MOUBSIT
    L´Economiste