| Récupérer des documents administratifs est un vrai parcours du
combattant. Et surtout une tâche frustrante et désagréable
qui demande un sang-froid à toute épreuve. Elle est certes loin,
la bureaucratie lourde qui était de mise il y a des années, mais
rien n’est encore arrivé à bout de la légendaire
inefficacité des services locaux. Voici un décor où chacun
a dû se retrouver un jour: des petits guichets, des fonctionnaires à
la mine renfrognée, des services mal indiqués et l’absence
des files et espaces d’attente. La machine est tellement rouillée
que l’on croit difficilement en un possible changement. Surtout s’il
est aussi radical que celui dévoilé mercredi dernier par la Direction
générale des collectivités locales (DGCL) lors de l’ouverture
de la 3e édition du Forum de l’administration numérique
à Casablanca.
L’offre de la DGCL veut métamorphoser la gestion des services locaux
par un coup de baguette…numérique.
Depuis 2003, date du lancement de la stratégie e-Maroc, tout le travail
était concentré sur la création de portails et sites Web
pour les administrations. Un bilan décevant pour une stratégie
nationale annoncée en grande pompe. Et encore, le portail national «Maroc.ma»
a beaucoup trébuché avant de voir le jour, les portails des villes
ont petit à petit suivi.
Hormis les quelques sites particulièrement performants du ministère
des Finances, des douanes ou de l’office des changes, par exemple, la
présence du gouvernement marocain sur la toile est loin d’être
satisfaisante. On est encore bien loin de «l’administration»
électronique. Celle-ci est censée, en plus de l’information,
offrir des services.
Ce sont vraisemblablement les communes, toujours critiquées, pour leur
gestion archaïque qui vont, en premier, franchir le pas vers les services
électroniques. Le programme «e-gov pour les collectivités
locales» est centré sur le citoyen et donc fait de téléservices
un axe majeur. L’auteur du plan, à savoir la DGCL, qui a fait preuve
d’un grand esprit pratique a apporté un calendrier de réalisation
pour convaincre.
Concrètement, il s’agit d’une stratégie sur deux axes.
Le premier concerne la gouvernance, le second touche aux systèmes d’information
des collectivités locales.
Pour le premier volet, la direction propose d’abord d’améliorer
l’accès à l’information. «La télévision,
la radio… sont des médias de masse à travers lesquels il
est difficile d’isoler sa cible», indique Noureddine Boutayeb, wali
directeur des collectivités locales. «Le choix d’Internet
comme outil principal de communication s’explique par le taux croissant
de connectivité au Maroc, surtout chez les jeunes. Aussi c’est
un média dont la pertinence ne se limite pas au court terme», poursuit-il.
Les portails des villes devront remplir la fonction informative via un contenu
vulgarisé, accessible et constamment actualisé.
Risque de se poser le problème des ressources financières pour
l’achat de l’espace d’hébergement, la conception du
site et des ressources humaines pour l’entretien et l’alimentation
des sites. La DGCL compte venir au secours des communes à travers un
package de services. L’achat de l’espace d’hébergement
et des applications de création des sites sera fait au niveau du ministère
de l’Intérieur. Cet achat en gros devrait réduire le coût.
En fait le mot d’ordre de cette stratégie est la «mutualisation».
Celle-ci ne concernera pas uniquement l’acquisition des équipements
mais aussi l’assistance. Concrètement, le ministère envisage
la création d’un centre de gestion qui disposera des compétences
nécessaires. Il comportera des unités propres à chaque
commune et celles-ci y auront un accès réservé. Le centre
s’occupera de tout le travail de back office: lutte contre les virus,
actualisation des licences…
La DGCL procédera ensuite à la conception de petits packs que
la commune peut acquérir à des frais très bas. Le choix
du logiciel libre et non des solutions propriétaires est le principal
facteur qui permettra de réduire le coût du projet. Question contenu,
la DGCL propose l’externalisation, les ressources humaines des communes
n’ayant pas les compétences nécessaires. Là aussi,
le projet met en place un plan de labellisation de sociétés privées
qui seront habilitées à alimenter les sites. Le tout couronné
d’une proposition de financement pour les communes les moins nanties.
Le logiciel libre va également faciliter la création de téléservices
en ligne. Dans un premier temps, les sites des communes peuvent servir pour
les demandes d’autorisation dans le domaine de l’urbanisme, pour
les réservations des lieux publics (terrains, théâtres…).
Les premiers téléservices seront disponibles à partir de
février 2008. Cela dépendra de la volonté de chaque commune.
En tout cas, la DGCL, elle, se fixe des délais encore plus serrés
pour la création de son portail avec téléservices au profit
des communes, question de donner l’exemple. La mise en ligne de son site
est prévue pour novembre prochain.
Le plus dur : L’état civil
L’UN des principaux métiers des collectivités locales est
la gestion de l’état civil et tout ce qui va avec en termes de
documents: extrait d’acte de naissance, certificat de naissance, certificat
de célibat, certificat de fiançailles, certificat de décès…
Un volet qui concerne les 30 millions de Marocains! Toutes ces précieuses
informations sont aujourd’hui sauvegardées tant bien que mal dans
des vieux registres rongés par les acariens.
Les conséquences de cette méthode artisanale se font sentir tous
les jours avec des noms mal saisis, des adresses erronées sur les certificats…
L’informatisation de toutes les données de l’état
civil sera lancée octobre prochain. Ce chantier laborieux prendra, selon
les estimations de la DGCL, 3 ans. Ceci-dit, le pack «état civil»
sera prêt à partir d’août prochain. Chaque arrondissement
qui aura bouclé sa numérisation peut immédiatement passer
au téléservice.
Le ministère propose dans ces packagings la procédure de numérisation,
l’application informatique nécessaire, le financement de la formation
du personnel et des équipements (selon les moyens de chaque commune).
Une fois cette étape franchie, le citoyen aura la possibilité
de demander tous ces documents administratifs via Internet ou SMS et de les
recevoir pas courrier ou les retirer sur place.
Le tout sera verrouillé grâce à des codes d’accès.
Le paiement des timbres et redevances à distance sera pour sa part possible
grâce à un système de prépayé via des comptes
rechargeables. Le concept risque de révolutionner le service local, pourvu
que le public y adhère. Pour les adeptes des bonnes vieilles méthodes,
il restera le système de dépôt de demande dans des boîtes
aux lettres ou encore la méthode classique des guichets.
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